21092016 Francoise Schein WEB 3L’architecte française Françoise Schein, de l’association Inscrire est en Haïti (septembre 2016) pour animer un atelier avec des jeunes de Martissant sur invitation de la Fondation connaissance et liberté dans le cadre du projet du parc de Martissant. L’objectif final de ce travail est de réaliser une fresque murale sur la déclaration universelle des droits de l’homme avec ces jeunes, une oeuvre que les visiteurs du parc pourront apprécier à l’habitation Leclerc dès que l’espace sera ouvert au public. Artiste de droits humains, Françoise Schein a travaillé en Amérique, en Europe et en Asie. Que ce soit à Paris, à Stockholm, à Sao Paulo, à Haïfa ou à New York, son oeuvre est remarquée et donne lieu à  une “vie urbaine collective”. Nous l’avons rencontrée pour Nouvèl FOKAL.

Nouvèl FOKAL : Dans le dernier livre qui sort sur vos travaux, vous êtes présentée comme une artiste des droits humains. Que fait une artiste des droits humains?

Françoise Schein: Eh bien, c’est tout simplement mon thème puisque , il y en a par exemple, des artistes qui s’occupent de paysage, d’autres qui font des portraits, d’autres qui choisissent des thèmes spécifiques. Moi, j’ai choisi de travailler sur les droits humains parce que depuis toujours, depuis que j’étudie l’architecture (je suis architecte de formation), ça me paraît essentiel dans tous les niveaux de la société. Ça permet de tenir en place toute la société et tout le reste se construit sur base des droits humains. Quand il n’y a pas la base d’une maison, eh bien, on n’arrive pas à faire le toit, on n’arrive pas à construire tous les étages. Donc, moi, je m’occupe de la fondation des droits fondamentaux.

NF : Vous avez déjà été au Brésil, au Pérou, au Portugal, en Suède, en Israël etc. Comment vous prenez-vous pour réaliser les oeuvres? Est-ce que c’est la même démarche partout où vous allez ?

F. S : C’est à peu près la même démarche. C’est-à-dire que c’est variable évidemment puisque ce sont des gens différents, des religions différentes, des langues différentes, des cultures différentes mais en gros c’est à peu près la même chose. Je propose aux populations, alors, ça peut être des jeunes enfants, des adolescents, la population en général, d’étudier la question, les articles des droits humains, article par article et de les dessiner. Dessiner du droit, c’est quelque chose de tout à fait particulier. En général, les avocats et les juristes écrivent le droit, ils pensent le droit, ils discutent entre eux. Moi je demande aux gens de projeter une idée tout à fait personnelle dans un article en particulier. Donc, si on prend par exemple: les hommes et les femmes sont tous égaux. Je demande à un jeune de 13, 14 à 18 ans, qu’est ce que ça veut dire pour toi l’égalité entre les hommes et les femmes. Est-ce qu’il y a vraiment une égalité? Comment? Pourquoi ? Et finalement, il trouve une idée qui a à voir avec sa vie et il le dessine. Il ou elle dessine cette idée-là. Et donc,chaque article est en fait figuré. C’est un dessin, une illustration. C’est en fait une sorte de BD [bande dessinée]. On transforme les droits humains en BD. Après ça, on l’installe sur un grand mur public avec des grandes bulles dans lesquelles il y a les dessins qu’ont fait les jeune. Il y a trente bulles exprimant chacun de ces articles. La population en général peut venir voir ce mur, regarder les dessins et faire le lien entre le texte qui est sur le côté et chacun des dessins qui expliquent un des articles.

29092016 Intevention Francoise Schein WEB 42NF : Ici en Haïti, votre  travail s’étend sur trois semaines. Racontez-nous comment cela se passe. Quelles sont les différentes étapes de votre atelier?

F. S : C’est quinze jours d’atelier, mais on travaille avec FOKAL depuis un an à réunir tout le matériel, à constituer une équipe…je veux dire, on a travaillé bien en amont et après, je reviendrai en février [2017] pour finaliser l’oeuvre et l’installer dans le parc de Martissant.

Alors, étape par étape. On a d’abord une rencontre à l’école Frère Roc ou bien ici dans le parc avec un groupe d’élèves choisis par l’école. Donc, il y a une trentaine d’élèves maximum. Danièle Magloire leur fait un cours pendant une heure et demie, presque deux heures, sur les droits humains mis en situation et les valeurs qui les soutiennent. Elle fait ça de manière assez extraordinaire. Elle questionne les élèves. Elle prend vraiment des situations de la vie, elle fait des rapprochements de situation par rapport au texte et donc, elle fait véritablement un enseignement sur les valeurs de tous ces articles. Dans la deuxième partie, on demande aux jeunes par groupe de deux ou de trois, de travailler sur un des articles. On lit l’ensemble de la déclaration mais on fait un tirage au sort et chacun reçoit un article. A partir de là, nous, la petite équipe qu’on a formée ici, on travaille avec chacun des groupes pour qu’ils imaginent une situation réelle dans la vie courante et puis, après ça, c’est comment la dessiner. Par exemple, le droit d’aller à l’école, il faut dessiner une école, un garçon ou une fille avec son cartable, qui traverse la rue, qui arrive dans l’école ou qui étudie etc. Là, ça devient du dessin, ça devient assez rigolo, tout le monde s’amuse…il y a une manière complètement ludique pour les jeunes. Finalement, ils auront véritablement appris quelque chose, mais en s’amusant.

Le projet est fait en céramique. Les jeunes peignent sur de la céramique qui est ensuite cuite et qui va rester totalement permanente. C’est-à-dire que chaque carreau est indestructible et ensuite il sera installé sur une grandeur qui va faire 25 mètres de long sur 1,5 mètre de haut à un endroit précis du parc de Martissant près de l’entrée.

NF : Comment voyez-vous que les élèves réagissent-ils aux messages?

F. S : C’est très variable. Pour les articles, il y en a de plus simples et de plus compliqués. Par exemple, le droit  à l’école, je pense qu’ils ont tous compris; le droit de participation à la vie publique de son pays ou de sa ville, pour eux, c’est déjà plus abstrait. Donc, il faut leur expliquer. Peut-être qu’ils connaissent ou ont déjà vu un député, ça pourrait être leurs parents…la participation d’une action dans la ville ou encore la question de la citoyenneté. Ils peuvent s’engager et devenir de plus en plus participants à la vie de leur ville et de leur pays en faisant attention à ce qui se passe, en prenant conscience de ce que c’est le bien commun. Donc, il y a toute une explication commencée par Danièle Magloire mais ensuite chacun de nous, on projette la question de la citoyennté et de l’engagement de chaque citoyen au travers de ces articles dans sa vie pour vraiment participer à la vie de la ville et du pays. 

29092016 Intevention Francoise Schein WEB 24NF : Parlez-nous de l’oeuvre qui va rester dans le parc, celle qui va porter le récit sur les droits humains. Aidez-nous à l’imaginer.

F. S : Alors, on rentre dans le parc…déjà il est magnifique, il y a énormément de végétation, il est très très beau, il est sublime. Et qu’est-ce qu’on voit sur la droite : un long mur blanc de 25 mètres de long  sur lequel il y a des bulles comme des espèces de grandes feuilles accrochées les unes aux autres. Si on se rapproche d’une de ces bulles, des ces feuilles, on va découvrir un dessin, un dessin qui représente un des 30 articles de la déclaration universelle des droits humains de 1948 et il y en aura 30, 40 même 50 de ces bulles, les unes à côté des autres, rattachées comme une espèce de chainon. Ça va représenter le long de tout ce mur de 20 mètres de long l’ensemble des articles mais en dessin! Et au bas de ce mur qui n’est pas très haut, il va y avoir un long banc, les gens vont pouvoir monter près de ce mur, le regarder et peut-être pique-niquer s’ils ont envie. C’est à la fois un endroit de détente, de loisir et d’apprentissage.  

NF : Les droits humains expliqués aux jeunes qui vivent dans un quartier malheureusement fort souvent marginalisé. Entre ce que vous avez probablement entendu ou lu sur le quartier et ce que vous y vivez, quelle est  votre perception post-atelier?

F. S : Je dois vous avouer que ces jeunes, ici de Martissant, ou les jeunes de Ramallah en Palestine ou les jeunes d’une petite ville du Portugal ou du Brésil dans une favela, pour moi, ce sont des jeunes archi sympathiques, ils sont tous intelligents, ils sont tous entre 14 et 19 ans, ce sont les mêmes. Et d’ailleurs, ce qui est extraordinaire, j’ai déjà fait beaucoup de ces ateliers et les dessins ont tous la même qualité. Je pense quand on a 14 ans, qu’on soit à Martissant, qu’on soit au coeur de Paris ou au fin fond de  l’Allemagne, en Palestine ou en Israël, on est tout aussi doué et tout aussi intelligent.

NF : Ce travail d’éducation sur les droits humains doit-il être systématique ? Doit-il être poursuivi dans d’autres quartiers populaires du pays?

F. S : Evidemment, ça c’est un peu le rêve. La situation idéale, c’est que toutes les écoles, chaque classe, travaille les droits humains d’une manière ludique comme ça avec du dessin. Donc, oui ce serait formidable si ça pouvait se propager déjà dans tout Martissant ensuite dans tout Port-au-Prince et puis finalement dans tout le pays. Ça c’est un programme d’éducation. Moi, je fais le premier ici mais après on va essayer de passer la main à d’autres, de former une équipe et que ça puisse continuer, ne fut-ce que sur papier. Ça ne doit pas toujours être fait sur céramique…mais déjà sur papier, en dessin, fabriquer un livre coloré avec des dessins magnifiques, ça peut  aussi être une autre solution que je propose d’ailleurs, avec un kit pédagogique que j’offre à la société ici.

Nous vous remercions Françoise et bon vent pour continuer à inscrire les droits humains partout dans les villes. 

Adresse & contact du parc

 Martissant 23, Port-au-Prince, Haiti
 parcdemartissant@fokal.org
Téléphone: (509)28131695
                   (509)28131695

 

Porteur du projet

Le parc est un projet géré par la Fondation Connaissance et Liberté - FOKAL

LOGO FOKAL

 

 osf logo